Histoire de l'imprimerie dans le monde et à Tournai


Imprimerie

Johannes Gutenberg, le père de l'imprimerie moderne.

L'imprimerie est un ensemble de techniques permettant la reproduction en grande quantité, sur support matériel, d'écrits et d'illustrations, cela afin d'en permettre une distribution de masse. Généralement, on utilise des supports plans et la matière la plus utilisée est le papier.

Ces techniques forment ce que l'on appelle communément la chaîne graphique. Elles vont de la composition des textes au façonnage (reliure, pliure, brochure…) en passant par le traitement des illustrations (photogravure), l'impression et la relecture. L'expression « industries graphiques » est apparue après la Seconde Guerre mondiale pour remplacer le terme « imprimerie », trop général.

Histoire

L'histoire de l'imprimerie est étroitement liée au développement de l’humanité et de la culture. Depuis que l'homme a développé ses moyens d'expression (représentations artistiques, théâtre…), il a cherché à pérenniser ses œuvres et à les diffuser.

Des scribes dans l'Égypte antique, qui gravaient sur la pierre et écrivaient sur papyrus, aux moines copistes médiévaux, qui passaient leurs journées à reproduire des œuvres — religieuses pour la plupart — en les recopiant à la main, l'homme a régulièrement essayé d'automatiser ces moyens de copie. L’imprimerie permet ainsi une diffusion rapide et à moindre coût du savoir. Elle permit à ses premiers inventeurs, les Chinois, de diffuser le bouddhisme, l'écriture et l'essentiel de la culture chinoise (musique, peinture, calligraphie, architecture, textile, etc.), en Corée, puis au Japon.

Article connexe : Chronologie de l'histoire de la presse.

En Extrême-Orient

Sūtra du Diamant, 868, Dunhuang, province de Gansu, Chine.

Article détaillé : Histoire de l'imprimerie en Extrême-Orient.

Xylographie

La xylographie a été pratiquée dès le viie siècle en Chine. Les plus anciens xylographes ont été découverts :

  • en Chine en 642 : une peinture datée de 642 dans la grotte no 220, des grottes de Mogao, à 15 km au sud-est de Dunhuang représente des fidèles regardant avec des lampes, sept images similaires aux impressions trouvées dans la grotte no 17, datées de la seconde moitié du viie siècle, imprimées en xylographie à l'encre sur papier. Elles représentent un bouddha portant un bol dans ses mains, faisant penser au bouddha de la médecine, Bhaisajyaguru, mais pouvant également être Shākyamuni ;

  • en Chine, entre 650 et 670 : un exemplaire du Dharani sutra découvert en 1974 à Xi’an, la capitale de ladynastie Tang, au Shaanxi1. Un second daté de 690 à 699 reproduit le Snddharma pundarik1. Le Sūtra du Diamant, rouleau de cinq mètres daté de868, livre sacré bouddhique illustré, trouvé en 1907 pans les grottes de Mogao et conservé à Londres (British Library)2 ;

  • en Corée, entre 704 et 751 : le Dharani sutra de la lumière pure de 63 × 8 cm, découvert en 1966 au temple de Bulguksa à Kyongju3 ;

  • au Japon, entre 764 et 770 : une autre version du Dharani sutra, imprimé en chinois à un million d’exemplaires, de généralement 6 × 45 cm, avec d’autres prières et scellé dans de petits stûpa en bois par l’impératrice Kōken, appelé aussi Hyakumantō Darani. Plusieurs centaines de ces petits documents nous sont parvenus ;

  • en Chine, au xe siècle : impression xylographique polychrome sur un thème bouddhiste, Shaanxi, Chine

  • en Chine, au xie siècle: sous la dynastie Song du Nord, sont imprimés les billets de banques, appelés jiaozi, les plus anciens connus à ce jour. La plus ancienne publicité, imprimée à partir d'une plaque de bronze, date également de cette dynastie ;

  • en Chine, à partir de 1150: des billets de banques sont imprimées par la dynastie Jin qui contrôle le nord-est de la Chine. À partir de 1200, Gengis Khan commence ses raids sur la dynastie Jin et les Mongols récupèrent les techniques.

  • Impression polychrome,xe siècle, Chine.

  • Billet de banque, dynastie Song, Chine.

  • Matrice en bronze d'une publicité, dynastie Song, Chine.

  • Matrice en bronze d'un billet de banque, dynastie Jin, Chine.

  • Jikji, 1377, Corée.

  • Carte à jouer imprimée,dynastie Ming, Chine.

Impression manuelle

Plaque en poirier (en haut) pour la xylographie traditionnelle, brosse à encrer et frotton pour l'impression auMusée de l'imprimerie de Chine

Les presses mécaniques n'étaient pas utilisées avant l'importation de presses européennes : l'impression se fait manuellement, la matrice gravée est enduite d'encre à l'aide d'une brosse ressemblant à un gros blaireau en Chine. La page est ensuite imprimée manuellement, en frottant le verso de chaque feuille avec l'outil approprié :

  • en Chine, on utilise une sorte de petite poutre en bois, entourée de tissu et poussée le long de la feuille, permettant une poussée relativement égale sur toute la largeur. Ce procédé est encore utilisé au xxe siècle dans les manufactures de livres ;

  • au Japon, on utilise le frotton, sorte de petit rond avec poignée fait traditionnellement de feuilles de bambou(aujourd’hui de plastique), permettant une pression relativement homogène. Ce procédé est encore utilisé dans les estampes artisanales.

Caractères mobiles

Les Chinois ont été les premiers à utiliser les caractères mobiles, au xie siècle. Cette technique leur permit de conserver fidèlement les traditions culturelles en accélérant les procédés de mise en page des textes par la réutilisation des caractères, plutôt que de graver toute une planche à chaque page. L'inventeur chinois Bi Shengemploya, dès 1040, des caractères mobiles en terre cuite4.

Les caractères mobiles en métal auraient vu le jour en Corée vers 1234, inventés par Choe Yun-ui5. Le plus ancien exemplaire encore existant de livre imprimé à partir de caractères mobiles métalliques date de 1377. Il s’agit du Jikji, dont le second volume (le premier volume a été perdu) est conservé à la Bibliothèque nationale de France6.

En 1467, la technique commence à devenir plus usuelle, on l'utilise pour éditer un roman 剪燈餘話/剪灯余话écrit quelques années plus tôt par Li Changqi (李昌祺, 1376 — 1452)7.

  • Reconstitution de la création de Bi Sheng duxie siècle au Musée de l'imprimerie de Chine

  • Système de caractères mobiles du Livre d'agriculture de Wang Zhen, 1313.

  • Cheon gang ji gok, caractères mobiles en bronze, 1447.

Expansion vers l'ouest avec les Mongols

impression de la dynastie Yuan en caractères hanzi (Han) et 'phags-pa(mongols)

En 1207, les Mongols, dirigés par Gengis Khan, transportent et utilisent du matériel d'imprimerie xylographique lors de leurs conquêtes8.

En 1269 en Chine, sous le règne de Kubilai Khan de la dynastie Yuan (mongole), celui-ci demande au gouverneur du Tibet Drogön Chögyal Phagpa qu'il a mis en place de lui créer l'écriture phags-pa, carrée, s'inspirant de l'écriture tibétaine elle-même dérivée de l'écriture indienne brahmi. Jusque là les Mongols utilisaient une écriture dérivée de l'alphabet syriaque, introduite par l'écriture ouïghoure, ligaturée. Cette nouvelle écriture permet alors de diviser en blocs carrés la langue mongole et de l'adapter aux caractères mobiles. Les Coréens suivront peu de temps après en passant des caractères han à une version simplifiée des caractères phags-pa, l'écriture hangeul.

Entre 1274 et 1291, le voyageur italien Marco Polo séjourne pendant dix-sept ans à la cour de Kubilai Khan. Il y apprend la culture et les techniques chinoises et mongoles.

En 1294, Mahmud Ghazan Khan, gouverneur mongol en Perse, fait imprimer en xylographie à Tabriz des sortes de billets de banques où figure en haut le caractère chinois 钞 (chāo, signifiant billet)9.

Les Mongols utilisaient la xylographie notamment pour des édits, mais les traces de ces documents sont rares. Ils utilisent notamment l'écriture phags-pa carrée, reprenant en cela les principes de l'écriture chinoise10.

En 1313 en Chine, Wang Zhen décrit dans son Livre de l'agriculture un système de caractères mobiles en bois, utilisant une roue.

Dans le monde musulman

Impression xylographique duCoran, Égypte, xe siècle.

Des impressions datant de 900 à 1350 ont été découvertes par archéologues en 1880, au Médinet el-Fayoum, en Égypte11,12.

Les impression arabes du xe siècle sont appelées ṭarsh sont des extraits du Coran, des noms de dieux et servent majoritairement d'amulette. Il existe cependant deux pages de texte, dont l'une est conservée à la bibliothèque de l'Université Columbia et l'autre dans la Madina Collection de New York, tous deux aux États-Unis13.

Dans l'Empire ottoman, dès 1485, le sultan Bajazed II interdit l'usage de la presse à imprimer14. En 1515, un second décret du sultan Selim Ier punit de mort toute personne utilisant une presse15. L'imprimerie sera réintroduite en 1727 par Ibrahim Müteferrika16, mais seulement pour une ou deux décennies, avant d'être de nouveau interdite jusqu'au début du xixe siècle14. Le premier journal ne sera publié qu'en 182414.

Toutefois, l'imprimerie des caractères arabes, longtemps interdite dans le monde musulman au motif que ceux-ci sont sacrés 17, est pratiquée en Europe dès le xviie siècle18. Le sultan Murad III permet l'importation et la vente de ces livres non religieux en caractères arabes.

En Europe

Le « bois Protat » (matrice et épreuve), la plus ancienne xylogravure trouvée en France, (1370 à 1450).Diffusion de l'imprimerie en Europe au xve siècle.Imprimerie du xve siècle.Graveur sur bois.Production des livres imprimés en Europe entre 1450 et 180019.Gravure de Jan van der Straetreprésentant un atelier d'impression auxvie siècle (musée Plantin-Moretus).Cantate des imprimeurs.

Le développement de l'imprimerie n'a pu se faire qu'à la faveur de deux conditions préalables. La première est le remplacement du volumen par le codex pour la fabrication des livres, transformation majeure qui s'est faite entre le ier siècle et le ive siècle. La seconde est le remplacement du parchemin par le papier, beaucoup plus souple et plus économique. Le procédé de fabrication du papier se répand en Europe à partir du monde musulman et est en production dès 1056 à Xàtiva dans la région de Valence, en Espagne. C'est un facteur essentiel dans le développement de l'imprimerie.

La plus ancienne xylographie occidentale connue est la matrice dite le « bois Protat », du nom de son premier propriétaire, l'imprimeurmâconnais Jules Protat, qui en fit l'acquisition après sa découverte en 1899 près de l'abbaye de La Ferté (Saône-et-Loire). Il est conservé depuis 2001 au département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France. Il s'agit d'un bois gravé datant d'environ 1370 à 145020.

À partir de 1450, Johannes Gensfleisch, plus connu sous le nom de Gutenberg, travaille à mettre au point le procédé de l'impression21. Financé par Johann Fust, il devra lui abandonner son invention en 1455, lorsqu'il sera incapable de lui rembourser son prêt. À cette date, Gutenberg a mis au point un procédé qui fait usage de caractères mobiles en métal, donnant ainsi naissance à la typographie moderne, qui se distingue des procédés orientaux par la rationalisation et l'harmonisation des diverses techniques. Il introduit la presse à imprimer, inconnue des Orientaux, qui permet une impression uniforme et rapide. Pour la fonte des caractères mobiles dans un moule, il met au point le plomb typographique, un alliage de plomb, d'étain et d'antimoine qui restera en usage jusqu'au xxe siècle. Il travaille aussi à la composition de l'encre typographique, une encre servant à l'impression, qu'il rend plus épaisse et mieux adaptée à la presse que l'encre de Chine, utilisée jusqu'alors en Extrême-Orient et au Moyen-Orient.

Le premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles est la grammaire latine de Donatus en 1451 parGutenberg. La première édition latine de la Bible est celle dite de la Bible à quarante-deux lignes en 1453 par Gutenberg. Victor Hugo élabore à son sujet une des premières analyses médiatiques de l'histoire avec le chapitre « Ceci tuera cela » dans son roman Notre-Dame de Paris22.

Des presses s'installent rapidement dans les grandes villes d'Europe : Cologne (1464), Bâle (1466), Rome(1467), Venise (1469), Paris (1470), Lyon (1473), Bruges (1474), Genève (1478), Londres (1480), Anvers (1481) et des centaines d'autres23. En 1500, on comptait plus de 200 ateliers d'imprimerie dans la seule Allemagne. Les historiens estiment qu'il s'est imprimé vingt millions de livres en Europe dans les cinquante premières années qui ont suivi l'invention de Gutenberg, alors que la population était alors d'environ cent millions d'habitants24. Les incunables et les incunables xylographiques sont les livres du début de l'ère Gutenberg édités entre 1450 et 1500.

En France, le premier livre est imprimé en 1470, à Paris, au collège de la Sorbonne, grâce à Jean Heynlin etGuillaume Fichet. Le premier livre imprimé en langue française est La Légende dorée de Jacques de Voraginepar Barthélemy Buyer à Lyon, en 1476.

L'innovation de Gutenberg réduit considérablement le nombre d'heures et d'hommes nécessaires à la production du livre (donc le coût), ce qui permet d'en élargir la diffusion.

Le patron des imprimeurs en Europe de l'Ouest est saint Jean Porte Latine. L'imprimerie s'est longtemps enorgueillie de certaines traditions très colorées telles que l'Article IV25[réf. à confirmer] et un chant l'accompagnant, intitulé À la…26[réf. à confirmer].

L'activité d'imprimeur reste longtemps au stade du petit artisanat. Si les salaires sont faibles, le travail est considéré comme prestigieux[réf. nécessaire]. Le livre restant un objet coûteux, le typographe vit en permanence au contact des lettrés, ce qui le distingue. Privilège important : il a droit au port de l'épée.

Un atelier emploie, en plus du maître qui s'occupe des corrections, quelques compositeurs qui assemblent les types et quelques pressiers. L'apprenti est l'homme à tout faire : il doit savoir lire et écrire le latin et le grec, et fait son apprentissage durant deux à cinq ans au service du maître. Après son apprentissage, devenu compagnon, il fera son « tour de France », pour parfaire son métier avant de s'établir, comme c'est le cas dans tous les compagnonnages depuis le Moyen Âge.

Les imprimeurs signent leurs œuvres et l'on retrouve leur nom sur les livres qu'ils ont imprimés. La marque d'un maître peut être « blasonnée » et constituer ainsi une sorte d'héraldique de métier, comme ce fut le cas pour les compagnons passant tailleurs de pierre. Les marques d'imprimeur comportent des lettres : la lettre X (qui évoque le chrisme), V, S, ainsi que l'alpha et l'omega. Elle peut faire figurer des symboles comme le globe et la croix. Elle utilise aussi massivement le fameux « Quatre de chiffre », marque mystérieuse et profondément christique, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

La typographie occupe la scène de la communication du xvie siècle jusqu'au troisième quart du xxe siècle.

Impacts de l'imprimerie

Les conséquences de l'invention de l'imprimerie sur la culture et la société occidentale ont longtemps été ignorés par les historiens. Avec son livre la Galaxie Gutenberg, Marshall McLuhan est le premier à attirer l'attention sur cette question, mais c'est l'historienne américaine Elizabeth Eisenstein qui produit le premier bilan solidement documenté sur les effets de l'imprimerie, The Printing Press as an Agent of Change (1979).

Une estimation du nombre total de livres imprimés donne les chiffres de deux cent millions pour le xvie siècle, cinq cent millions au xviie siècle et un milliard au xviiie siècle27. Cette omniprésence de l'imprimé étend et renforce les effets de l'écriture sur la pensée et l’expression, modifiant la place relative de l'oralité dans l'ensemble de la culture28.

La multiplication rapide des livres cesse d'en faire une denrée rare et réservée à une élite : désormais, il est possible à une large fraction de la population de se constituer une bibliothèque privée. La pratique individuelle de la lecture renforce chez chacun la conscience de sa propre intériorité. En permettant à tout individu de se procurer un exemplaire de la Bible et de la lire par lui-même sans une interprétation officielle venant de l'Église, l'imprimerie encourage la pratique du libre examen. Elle permet aux thèses de Luther de se répandre dès 1520, entraînant la Réforme protestante et la réorientation des pratiques catholiques. Elle permet la diffusion du savoir à un niveau jamais atteint, ce qui produit la Renaissance, une période où les élites redécouvrent le savoir de l'Antiquité. Cela entraîne aussi à porter un nouveau regard sur le monde, ce qui débouchera sur la révolution scientifique. Enfin, l'imprimerie entraîne un idéal d'alphabétisation généralisée qui se traduira par l'expansion de l'école publique29.

L’imprimerie donne aussi naissance au roman, qui va devenir en quelques siècles le genre littéraire par excellence.

Technique

De Gutenberg au xixe siècle, les innovations techniques sont des modifications de détail, visant à améliorer le rendement. L'alliage utilisé pour les caractères reste sensiblement le même. Au xviiie siècle, le Britannique Stanhope réalise la première presse entièrement métallique.

L'imprimerie a été révolutionnée dans les années 1880 par l'invention de la Linotype (Otto Mergenthaler, 1884). Cette machine accélérait la composition en substituant au registrage manuel des caractères mobiles une saisie au clavier de chaque ligne de texte : non seulement l'opération était-elle accélérée, mais aussi plus sûre. La saisie du texte au clavier se traduit par la composition mécanique d'une matrice, qui sert ensuite de moule pour une coulée d'un alliage de plomb, d'étain et d'antimoine, formant une « ligne-bloc » d'un seul tenant. C'est cette ligne-bloc qui était encrée et qui réalisait l'impression proprement dite. La société Monotype Corporation Ltd créa au fil des années ses propres polices de caractères, inspirées des fonteshistoriques, et la plupart sont encore protégées par copyright aujourd'hui. Pour les livres et la presse écrite, l'impression par machines Linotype se substitua à l'imprimerie traditionnelle à partir de 1900 et régna sans partage jusqu'au début des années 1970.

Dans les années 1940, on imagina de substituer aux lignes-blocs une plaque qui pourrait indifféremment comporter du texte ou une image. Cette plaque imprimante fixait l'encre aux endroits voulus par charge électrostatique (plaque dite « électrographique ») ou par insolation (« cliché »). Cette technique donna naissance aux premiers photocopieurs et ouvrait la voie à la conception des plaques offset.

Rotative offset (imprimerie).

Parallèlement, la composition s'est informatisée. On a vu apparaître, à la fin des années 1960, début des années 1970, les premiers procédés de photocomposition. Un système de miroirs, dans lesquels les caractères étaient ajourés, servait de « pochoir » à la lumière qui allait impressionner une surface sensible, le « bromure », lequel était ensuite révélé et fixé comme un papier photographique ordinaire. Les textes ainsi composés au kilomètre allaient ensuite être montés sur les supports et la mise en page se faisait manuellement. Le montage achevé, on réalisait un cliché du tout puis on insolait la plaque qui allait servir à l'impression. La photocomposition et le tirage offset allaient perdurer presque vingt ans, les procédés évoluant avec l'apparition du laser qui allait insoler directement les films, faisant disparaître les systèmes à miroirs. Dès cette époque, les livres n'étaient plus « imprimés » comme c'était encore le cas avec la Linotype : on ne voit plus la pression des caractères sur le papier, l'encre est simplement absorbée sur le papier à l'endroit où elle est fixée par la plaque offset.

Le grand tournant de cette fin de siècle fut l'apparition des premiers ordinateurs personnels et surtout des Macintosh, à partir de 1984, qui ont vu la démocratisation de la publication assistée par ordinateur (PAO), auparavant réservée aux mainframes et à la mini-informatique. Ce micro-ordinateur a permis avec un budget artisanal de tout faire sur le même poste : acquisition d'images numérisées, retouche d'images, création de dessins vectoriels, mise en pages avec des logiciels dédiés, permettant d'amalgamer textes et images. Ces opérations étaient déjà possibles sur des systèmes dédiés mais au coût prohibitif. Le Macintosh, en particulier, a permis de rendre ce métier accessible tout en provoquant certains dérapages : en effet, la démocratisation d'une technique ne démocratisait pas pour autant le savoir-faire associé (connaissance par exemple des règles typographiques, incontournables dans le domaine professionnel).

Parallèlement à l'évolution de la composition, toute la chaîne graphique se met à connaître de profonds bouleversements. Ainsi, à partir du poste de composition, photogravure et mise en page sont venus s'adjoindre divers périphériques d'écriture tels que les computer to film (CTF, ordinateur vers film), appelés aussi flasheuses, qui permettent d'insoler les films de chacune des couleurs d'impression (quatre dans le cas de la quadrichromie) à partir du fichier informatique, afin de produire les plaques par transfert optique. Ce progrès permet de se passer du montage manuel des mises en page. Le transfert optique fait cependant perdre de la définition dans les points de trame et ne dispense pas de retouches sur plaques, car il peut y avoir des « pétouilles », dépôts parasites dus à des poussières.

L'évolution suivante a été le computer to plate (CTP, ordinateur vers plaque) où le film a été remplacé par la plaque (en aluminium en général, parfois en polyester) qui sera alors insolée ou gravée directement à partir du fichier informatique. Ensuite, l'opérateur n'a plus qu'à caler ses plaques directement sur la presse.

Dernière évolution en date, concernant la presse offset classique, c'est l'embarquement du système CTP sur la presse. C'est ce que l'on appelle le direct imaging (DI). Il n'y a alors plus d'opération intermédiaire entre le poste de mise en pages et la presse, la gravure se faisant directement sur le cylindre porte-plaque de la presse offset. Avantage : repérage exceptionnel des différents groupes et économie de temps de calage.

Un autre créneau nait de l'évolution des photocopieurs : les presses dites numériques où tout le système classique a été remplacé par des systèmes de transfert d'image du type photocopieurs, permettant alors des tirages instantanés et fidèles du document d'entrée (fichier, épreuve…), avec un coût largement supérieur qui le réserve dans un premier temps aux courts tirages (thèses, autoédition…).

Connectés à des bases de données, ces procédés d'impression numérique permettent également de produire des documents contenant des textes et des images variables : annuaires, horaires, tarifs, catalogues simples, etc.

Différents types de procédés d'impression

Procédés traditionnels (avec forme imprimante)

Offset

C'est l'un des procédés qui produit le plus gros volume d'imprimés (timbres, magazines, journaux, emballage, livres…) et possédant une technique d'impression « à plat » : il n'y a en effet ni relief ni creux sur la forme imprimante. Il est basé sur la répulsion de deux produits antagonistes : l'eau et l'encre grasse. Ce procédé, selon les machines utilisées, permet d'imprimer des feuilles une à une, c'est l'impression dite « à plat » ou « feuille à feuille » ou une bande continue dite « bobine ».

Dans ce procédé, l'image « copiée » sur la forme imprimante (plaque de métal) sera après traitement représentée par la « couche sensible » grasse par nature, tandis que la partie sans image sera représentée par le métal nu dépouillé de sa couche (aluminium traité) qui lui est hydrophile.

La plaque sera ensuite humidifiée, les parties « blanches » fixeront l'eau, tandis que l'image « grasse » repoussera l'eau et pourra accepter l'encre (grasse).

Le procédé offset se distingue des autres procédés par la technique du décalquage (« off set » en anglais), l'impression s'effectue par décalque de l'image sur un cylindre en caoutchouc appelé blanchet, puis du blanchet au papier sous l'action du cylindre de pression. Cette opération se fait à partir de plaques en aluminium.

  • Tirage : de moins de 1 000 à plusieurs millions d'exemplaires.

Historique

La lithographie évolua vers la métallographie et Aloys Senefelder lui-même utilisa le zinc et le cuivre jaune, puis l'étain, sans grand succès. Il mit sur pied une machine dotée d'un cylindre gravé à l'eau-forte ; la principale difficulté à l'époque étant la préparation de la surface imprimante.

En 1879, un brevet est déposé par Trottier et Missier donnant naissance à la calcographie ; l'utilisation d'un habillage caoutchouc permettant le report de l'image. Henri Voirin s'appliqua à donner une impulsion vigoureuse à ce procédé. Cette machine permet d'imprimer sur des surfaces flexibles, étoffes, cuirs, peaux… mais il se heurte, en France, à une résistance tenace auprès des patrons et ouvriers lithographes de l'époque. Auguste Marinoni et Jules Michaud firent breveter, en Angleterre, le 4 septembre 1884, sous le matricule 12010, une machine perfectionnée imprimant une ou plusieurs couleurs sur métal, bois, papiers et autres ; il est question d'une presse rotative indirecte. Une machine, baptisée « Diligente », fut présentée par la maison Marinoni, à l'exposition universelle de Paris de 1889. Jules Voirin, fils de l'inventeur, reprit l'étude de ce système et présenta en 1910 à l'exposition des Arts Graphiques, une nouvelle roto-calco Voirin.

Les Anglo-saxons ont coutume d'attribuer à l'imprimeur américain Ira Washington Rubel, le mérite d'avoir inventé en 1903, le procédé Offset pour l'impression sur papier30.

Héliogravure

Article détaillé : Héliogravure.

C'est un procédé dans lequel la forme imprimante est en creux. Le cylindre d'impression est en cuivre ou en inox et est gravé par un diamant, chimiquement ou au laser.

C'est la profondeur des « alvéoles » qui détermine la tonalité de la couleur et permet de reproduire la gradation de l'image.

L'encre utilisée doit être très liquide pour bien remplir les alvéoles.

Le tirage peut aller de quelques centaines de milliers à plusieurs millions d'exemplaires.

Ce procédé permet l'utilisation de papiers couchés de faible grammage (« light weight coated » ou LWC : moins de 50 g/m²) avec une bonne puissance de couleurs.

Flexographie

Article détaillé : Flexographie.

C'est un procédé en relief reprenant le principe de la typographie. La forme imprimante utilisée est le plus souvent un polymère. L'image est obtenue par photo-polymérisation (modification physico-chimique par l'action des UV).

La flexographie permet l'impression sur des supports très variés. On imprime essentiellement les emballages alimentaires. La flexographie permet d'utiliser des encres à séchage ultra rapide ou par ultra-violets.

  • Utilisation : procédé non traumatisant pour le support, qui autorise donc : carton ondulé, sacs (papier ou plastique) et même des journaux (enAllemagne notamment).

La qualité obtenue est moyenne car le procédé n'autorise pas l'utilisation de trames fines mais de gros progrès sont en cours.

Sérigraphie

Article détaillé : Sérigraphie.

La sérigraphie (« screen printing » en anglais) tire son nom de la soie avec laquelle étaient fabriqués les « écrans » (sorte de pochoirs) qui sont utilisés avec cette technique. Une partie de cet écran est masquée (par utilisation d'un procédé photographique) et l'encre ne traverse que les parties nues de l'écran qui s'interpose entre le support et l'encre.

Cette technique présente l'avantage de pouvoir s'appliquer à des supports variés et pas nécessairement plats (bouteilles, boîtes, textiles, machines, bois, etc.) et sur de grandes surfaces.

  • Utilisation : impression à l'aide de couleurs puissantes et vives sur matériaux divers : logos, marques, emballages alimentaires sur boîtes, bouteilles, T-shirts, panneaux, bois, métal, plastique.

Tampographie

Article détaillé : Tampographie.

Procédé d'impression basé sur le principe du timbre en caoutchouc, la tampographie est une technique consistant à transférer l'encre contenue dans le creux d'un cliché, obtenu par photogravure chimique, sur un objet au moyen d'un tampon transfert en caoutchouc silicone. Parfaitement adapté à tous types de formes, de graphisme et de pièces, ce procédé garantit un marquage précis et rapide quels que soient les volumes à réaliser.

  • Utilisation : touches de clavier, boutons dans les voitures, capsules de bière…

  • procédé d'impression indirect

  • Forme imprimante en creux.

Stencil ou cyclostyle

Articles détaillés : Stencil et Cyclostyle.

Il s'agit d'un procédé employant un cliché sur celluloïd composé à la machine à écrire, qui est reproduit à l'aide d'une solution à base d'alcool sur une presse rotative (le cyclostyle) appelée aussi « machine à alcool ».

Procédés numériques (sans forme imprimante)

Article détaillé : Impression numérique.

Les différents types d'impression numériques.

Les procédés d’impression numérique ont trois caractéristiques principales:

  1. L'impression se fait de façon continue de l’ordinateur au tirage, sans interruption du flux numérique.

  2. L’image est imprimée sur le support sans utiliser de forme imprimante.

  3. L'image imprimée peut être modifiée à chaque exemplaire imprimé, ce qui permet de remplacer à la volée des passages de textes ou des illustrations. Les informations modifiées sont appelées « données variables ». L'impression de données variables ne diminue pas la vitesse d’impression, et permet d’accroître la valeur ajoutée de l’imprimé.

Jet d'encre

Article détaillé : Jet d'encre.

Une surpression est créée dans un réservoir d'encre et entraîne l'éjection d'une goutte d'encre. Cette surpression peut-être créée thermiquement ou mécaniquement (à l'aide d'un cristal piézoélectrique).

  • Cette goutte peut être créée continuellement puis guidée sur le média à imprimer ou dans un réceptacle pour la recycler dans le cas du « continous ink jet » (CIJ). Ce procédé permet des vitesses importantes d'impression mais à une moindre qualité.

  • Dans le cas du « drop on demand » (DOD) (« goutte à la demande »), cette goutte est générée uniquement si elle est désirée sur le média. La vitesse d'impression est moindre mais la qualité est meilleure.

Électrophotographie ou xérographie

Article détaillé : Électrophotographie.

Le cylindre d'impression est recouvert d'un polymère spécial qui est éclairé au laser ce qui induit un changement dans ses propriétés. Il va alors attirer de fines particules contenues dans un toner liquide ou solide (les toners liquides donnent une meilleure qualité car ils permettent de transférer plus de particules pour une même masse). L'encre va, par la suite, être transférée sur le papier puis chauffée (cuisson) afin d'assurer sa cohésion.

Impression thermique

Un ruban Jimmy contenant de l'encre est chauffé et piqué là où un point de trame est voulu. On reprend ainsi le principe de la dorure à chaud.

Impression 3D

Elle consiste à imprimer un projet en relief à l'aide d'une imprimante 3D en superposant des couches de matières.

Étapes de la fabrication d'un imprimé

La fabrication d'un imprimé passe par différentes étapes rassemblant des savoir-faire et des matériaux différents et complémentaires. En règle générale elles sont regroupées sous un seul nom : la chaîne graphique.

Préparation

La préparation d'un travail destiné à l'impression passe par les phases de réflexion sur le produit, l'écriture de son contenu, le rassemblement des matériaux illustratifs (photographies, dessins, graphes, etc.), puis sur l'ébauche de ce que devrait être le produit fini. Pour ce faire, on réalisera un rough(dans l'univers de la presse écrite, on parle aussi de la réalisation d'un « monstre ») sur papier ou sur écran dans lequel on mettra le plus souvent dufaux-texte. Une fois l'ébauche validée, on fournira à l'étape suivante le matériel nécessaire pour travailler le produit.

Maquette

Le maquettiste va exécuter une ou plusieurs versions de mise en pages avec les matériaux fournis (textes, images, rough…) et l'on passera à l'étape de la composition. Dans l'édition de luxe la maquette est un moyen de créativité artistique où les disciplines typographiques, le graphisme, la conception de la reliure sont parfois confiés au même professionnel dont le nom sera cité.

Composition

La composition est l'étape qui consiste à mettre en forme un texte ou une page de texte afin d'être exploitable pour l'impression. Initialement elle était dite « typographique » et réalisée manuellement par assemblage de caractères en plomb, puis plus tard automatisée par des machines du genre « Linotype ».